Les super bonus du foot (suite)

21 avril 2010 · 2 Commentaires 

Je reviens sur ce Livre que je vous présentais l’autre jour, Les super bonus du foot (éditions Presses de la Cité), résultat de six ans d’enquête sur le foot business par le journaliste de Libération Renaud Lecadre.
Je me permets ici de reproduire l’interview accordée par l’auteur à la Tribune de Genève :

Est-ce facile d’enquêter sur le milieu du foot?

Il est rare que des joueurs brisent l’omerta. C’est un univers qui a été plus facile à pénétrer dès lors qu’il y a eu des procédures judiciaires ouvertes.

Les joueurs sont-ils victimes ou complices du système?

Ils sont au cœur du système. On ne les met jamais en cause parce qu’on part du principe que ce sont des noeuds-nœuds qui ne comprennent rien au business. Or, ce sont les principaux bénéficiaires des revenus offshore. Chaque fois qu’il y a une procédure pénale, on ne les poursuit pas alors que ce sont eux qui profitent de toute cette usine à gaz. Lors du procès du PSG qui s’est achevé la semaine dernière à Paris, il n’y avait pas un seul joueur à la barre. Le procureur a même dit qu’ils étaient considérés comme des objets.

Personne ne veut s’attaquer aux joueurs, est-ce que vous dites?

Dans le foot, ils sont des icônes. C’est difficile de les mettre en cause. La presse sportive dénonce beaucoup de choses et fait beaucoup d’enquêtes, mais cela s’arrête aux joueurs.

En quoi sont-ils autant impliqués dans les combines que vous dénoncez?

Parce que tout le monde sait que les joueurs négocient des salaires net in the pocket. C’est le moteur du système. On fait sortir de l’argent pour leur éviter de payer des impôts et des charges sociales. C’est du noircissement. En France, en Italie, en Espagne et en Angleterre, toutes ces combines sont bien connues. C’est le club ou l’agent qui doit se débrouiller pour trouver des compléments de salaire. C’est notamment ce qui conduit à gonfler les montants des transferts de 10 à 20%.

Le foot et l’argent, c’est une vieille histoire, non?

Des compléments de salaire ont été versés en liquide à partir des années 50. Ensuite, cela s’est institutionnalisé et rationalisé. Le paiement occulte est entré dans la culture du foot depuis des décennies. La mondialisation du foot a épousé le modèle de la mondialisation des places offshore. Le milieu du foot est assez peu regardant sur la qualité de l’argent qui afflue dans sa sphère. Ces dernières années, c’est devenu une vaste usine à blanchiment avec des investisseurs occultes russes ou latino- américains.

Et maintenant, selon vous, il risque d’y avoir de plus en plus de matchs truqués…

Oui. Avec l’émergence des jeux en ligne et des paris sportifs, l’effet a été démultiplié. Plus il y a d’argent qui transite dans les jeux et plus il y a des matchs truqués. C’est mécanique.

Interview réalisée par Alain Jourdan pour la Tribune de Genève

Commentaires

2 Commentaires pour “Les super bonus du foot (suite)”
  1. Blondé Jérôme dit :

    Bonjour,

    Nous sommes étudiants en sociologie appliquée. Dans le cadre d’une recherche concernant le comportement d’achat des professionnels sur Internet, nous sollicitons votre aide.
    En effet, les professionnels français n’utilisent qu’à 28% les services d’achat/vente de matériel professionnel sur Internet. Comparé à nos homologues européens qui les utilisent à plus de 50%, nous nous demandons pourquoi nous sommes aussi loin derrière eux ?
    Il s’avère que le secteur du sport est particulièrement touché par ce phénomène. En tant que professionnels, quelles sont vos motivations ou réticences à choisir un tel service dans l’achats/ventes de matériel sportif ?
    Afin de répondre à ces interrogations, nous vous proposons de remplir un questionnaire qui ne vous prendra que quelques minutes, dont les résultats pourront vous être communiqués si vous le désirez.

    http://spreadsheets.google.com/viewform?formkey=dFpWV2E3WkQ1OHNxU1cxWDBRVEVFZmc6MA

    Nous vous remercions de votre précieuse collaboration.

    Jérôme et bertand

Trackbacks

Check out what others are saying about this post...
  1. [...] Lire également l’interview de Renaud Lecadre. [...]



Réagir