La tour CCTV de Pékin

13 décembre 2007 · 1 Commentaire 

La tour CCTV (Télévision Centrale de Chine) de Pékin est présentée comme le projet d’immeubles à bureaux le plus excentrique du monde. Ce somptueux bâtiment abritera la télévision nationale de la République populaire de Chine.

La tour CCTV de PékinLa tour CCTV

Les travaux ont atteint un stade critique, alors que les ingénieurs se préparent à unir les deux tours inclinées de ce qui deviendra le siège de l’unique diffuseur télé de la Chine.

La tour CCTV de Pékin

Visant à combler un vide de quelque 70 mètres à 160 mètres au-dessus du district commercial de Pékin, deux sections en porte à faux progressent depuis un certain temps pour se rejoindre à partir des tours jumelles, inclinées audacieusement l’une vers l’autre.

Conditions météo à l’appui, la manœuvre délicate sera complétée cette semaine.

Il s’agit du point culminant de tout le processus,

se réjouissait d’anticipation, en fin de semaine dernière, l’architecte responsable Ole Scheeren, partenaire allemand du bureau d’architecture urbaine Rem Koolhaas (OMA, pour Office for Metropolitan Architecture).

La firme a remporté une compétition internationale en 2002 en vue de l’érection du siège de China Central Television, le monopole de diffusion télévisuelle du pays.

Lutter contre la verticalité hiérarchique

La tour CCTV de Pékin

L’architecte en chef a créé un projet qui se veut à la fois un accomplissement d’ingénierie qui dominera la perspective urbaine de Pékin et une proclamation sociale à caractère radical.

Nous avons imaginé un gratte-ciel qui éviterait le piège de la conquête verticale de l’espace, de la vaine course à l’immeuble qui cherche à dominer le paysage en se dressant toujours plus haut,

a dit M. Scheeren à Reuters.

Nous avons donc résisté à l’idée de la verticalité de l’aiguille, s’inscrivant à la base contre ce simple principe hiérarchique,

a-t-il expliqué de son bureau de Pékin, supervisant les progrès des travaux sur ce site de construction titanesque.

Projet complexe

Les ingénieurs disposent chaque jour d’une mince fenêtre d’une heure avant l’aube pour compléter la tâche cruciale d’unification, au moment où l’édifice sera le moins affecté par le changement de température.

À tout autre moment de la journée, des distorsions, causées par l’expansion de l’acier des poutres sous l’effet de la chaleur du soleil, seraient intégrées de façon permanente à la complexe structure, ce qui risquerait d’en compromettre l’équilibre et la stabilité.

La complexité de cette structure d’une hauteur de 234 mètres, maintenue en place par un «squelette» ou armature externe constituée de 10 000 poutres d’acier, est accrue par le fait que Pékin est située en pleine zone sismique.

L’audacieux projet d’architecture échappant à tout code du bâtiment, des responsables municipaux ont formé à l’origine un comité de 13 éminences chinoises de l’ingénierie, qui ont passé deux bonnes années à superviser l’élaboration de plans avec l’architecte Scheeren et son équipe, avant de donner le feu vert en 2004 au début des travaux.

L’édifice est une structure tubulaire tordue – une boucle fermée dans l’espace, selon M. Scheeren – qui constituera le plus important siège social du monde et le deuxième plus gros édifice à bureaux de la planète.

La section transversale unissant les deux tours verticales angulaires accueillera éventuellement 11 étages de bureaux, de restaurants et d’espaces publics, le tout défiant la gravité à une hauteur équivalente à 80 étages.

À ce sujet et afin d’intensifier la sensation offerte par le point de vue vertigineux, un plancher de verre sera installé au premier étage de la partie en surplomb, à une hauteur de 160 m, a expliqué M. Scheeren.

Pékin, à l’avant-garde de l’architecture

Plusieurs autres structures futuristes viennent chacune leur tour moderniser davantage le paysage de Pékin, une ville où grouillent actuellement une dizaine de milliers de sites de construction. Ce bourdonnement intense d’activité s’explique par la préparation en vue des Jeux olympiques de 2008 dans cette future ville hôte et le désir nouveau de celle-ci de s’affirmer au premier plan de l’avant-garde mondiale de l’architecture.

Le Nid d’oiseau

Au nombre des nouveaux jalons urbains, le stade olympique principal – baptisé «Nid d’oiseau» (photo ci-dessus) en raison de ses poutres entrelacées – des architectes suisses Herzog et DeMeuron, et le «Cube d’eau» (photo ci-dessous), sorte de bulle cubique futuriste qui abritera les compétitions de natation lors des prochains Jeux d’été.

Le centre national de natation : le "cube d

Le Grand théâtre national (photo ci-dessous) de l’architecte Paul Andreu, avec son dôme massif de couleur titane, s’élève d’un lac au centre de Pékin.

Grand théâtre national Pékin

D’autre part, la construction du nouveau terminal aéroportuaire (photo ci-dessous) signé par l’architecte britannique Norman Foster est presque terminée, au nord-est de la ville.

aeroport pekin

Contexte social propice au changement

Répondant à des détracteurs qui l’ont accusé d’ériger un monument aux dirigeants totalitaires de la Chine, M. Scheeren a dit de la tour CCTV qu’elle pourrait avoir une influence dans l’amorce de changements positifs.

Si le projet ne peut apporter qu’une contribution minime aux plus grands mécanismes de transformation déjà en place au pays, j’espère que cette contribution aura une influence significative sur le processus de changement qui s’y déroule visiblement,

dit-il.

L’installation de la structure extérieure du bâtiment sera terminée à temps pour les Jeux olympiques, qui se dérouleront du 8 au 24 août 2008, alors que le projet entier sera complété en 2009.

Selon M. Scheeren, l’élan nouveau nécessaire à la construction de projets architecturaux ambitieux comme la tour CCTV est motivé d’une part par l’émergence de la Chine à titre de quatrième économie mondiale et d’autre part, par le sentiment de fierté nationale de son choix en tant que pays hôte des prochains Jeux.

Les Olympiques ont réellement été le catalyseur qui a dynamisé l’ambition et le développement d’une façon bien particulière au pays.
Je crois aussi que ces édifices n’auraient pu être érigés ailleurs dans le monde, d’abord en raison de leur magnitude, mais aussi en raison de ce qu’ils expriment, en termes architecturaux et sur le plan socia,

a dit l’Allemand de 36 ans.

Le projet de construction pour China Central Television (CCTV) incorporera 475 000 mètres carrés dans une structure unique, la deuxième surface du genre dans le monde après le Pentagone.

Une fois terminé, l’édifice incorporera tous les éléments de la production télévisuelle dans une seule structure, incluant les studios, les salles de nouvelles et les bureaux.

Le design en est si complexe qu’il y a à peine dix ans, les outils informatiques existants n’auraient eu la sophistication nécessaire à la tâche d’ingénierie.

Pour M. Scheeren, ce ne sont pas les «trucs» d’architecture qui comptent le plus.

Il est facile d’apprécier ce projet comme un accomplissement d’ingénierie», admet-il, mais à mon sens, ce qui compte le plus, c’est l’ambition sociale qu’il véhicule, un courant qui unit les gens.

Le radicalisme d’un tel projet, qui cherche à s’éloigner des hiérarchies traditionnelles et semble s’ouvrir au public, surprend à première vue d’un diffuseur qui a fait sa marque avec une programmation rigide et non en innovant.

Cependant, M. Scheeren explique que le projet est motivé, au sein de CCTV, par le désir de l’utiliser comme outil de développement et de changement de la compagnie, qui diffusera à partir de l’édifice à l’ouverture des Jeux, le 8 août prochain.

La firme a formé un groupe de 400 personnes pour assurer la réalisation du projet, une équipe constituée à 50% de Chinois et à 50% de main-d’œuvre internationale, une décision qui, aux yeux de M. Scheeren, inscrit parfaitement l’édifice dans le contexte culturel de Pékin, et crée un contexte favorable à la réalisation d’autres projets ambitieux.

Source: canoe.com

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